Inscrire son enfant dans une école démocratique est un cheminement ambitieux qui ne va pas sans doutes et interrogations, et c'est bien légitime puisqu'il s'agit de ce que nous avons de plus précieux : nos enfants. Nous avons tenté de répondre ici aux questions que les parents se posent souvent au sujet des écoles démocratiques.

Si l’enfant n’est pas incité à apprendre à lire, à écrire, et à compter, va-t-il apprendre tout de même ?

Il va apprendre lorsque cela lui sera nécessaire (pour accéder à d'autres domaines de connaissance par exemple), ou lorsque cela suscitera sa curiosité. Un enfant apprend à marcher et parler sans contrainte, programme ni méthode spécifique, simplement en suivant son "plan de développement naturel" et en imitant les autres êtres humains autour de lui. Dans notre environnement actuel, on ne peut se dispenser de savoir lire, écrire et compter, compétences dites fondamentales pour cette raison. Dans les écoles démocratiques, tous les enfants sans exception apprennent à lire, écrire et compter à des âges différents selon leurs intérêts, certains à 4 ou 5 ans, d’autres à 9 ans, mais tous apprennent (Greenberg, 2017), car ces compétences fondamentales leur sont nécessaires dans les projets qu'ils veulent réaliser et pour participer à la prise de décision à l'école (par exemple, pour faire une recette ou calculer des coûts, l'enfant aura besoin de compétences en lecture et en mathématiques).

John Holt, dans son livre « les apprentissages autonomes » (2014) écrit : « Je peux résumer en quelques mots ce que j’ai finalement appris en tant qu’enseignant […] ‘l’apprentissage n’est pas le produit de l’enseignement’. […] Les institutions éducatives sont fondées sur le présupposé que les enfants apprennent seulement quand on leur enseigne, ce qu’on leur enseigne et parce qu’on leur enseigne. Ce n’est pas vrai. C’est très loin d’être vrai. »

A Upaya, nous sommes convaincus qu'un enfant demandeur d’un savoir apprend plus vite et plus durablement que si le savoir lui est imposé, car il a en lui-même sa propre motivation et ce qu'il fait a du sens pour lui. Apprendre par intérêt est la meilleure façon d'inscrire en soi une connaissance ou un savoir-faire sur le long-terme et le meilleur moyen de ne pas faire de blocage. Maria Montessori avait remarqué qu'un enfant entre 0 et 6 ans possède un "esprit absorbant" qui lui permet d'acquérir très vite et sans effort beaucoup de compétences, et traverse plusieurs "périodes sensibles", c'est-à-dire où il montre des efforts permanents pour développer un certain type de compétence (sens de l'ordre, précision du mouvement, langage, etc.). La stimulation que constitue à cet âge le matériel Montessori, qui sera mis à disposition de tous dans notre école, répond chez l'enfant au désir d'exploration et d'initiation aux codes (sociaux et cognitifs) que constituent chiffres et lettres. Le matériel permet à l'enfant d'ancrer ces apprentissages corporellement.

Un enfant à qui l'on a permis de développer sa confiance en lui par un accompagnement soutenant disposera d'un grand avantage pour réaliser les projets qui lui tiennent à cœur, car il saura entreprendre et se donner les moyens nécessaires à ses objectifs. D'autre part, l'équipe accompagnera et sollicitera l'enfant pour construire progressivement un parcours éducatif cohérent impliquant la participation à des ateliers, projets ou activités de l'école, permettant à l'enfant d'évoluer à son rythme vers l'acquisition des compétences du socle commun.

Si jamais mon enfant décide de ne pas passer le bac ... Catastrophe ?

La société française reste une des plus attachées aux diplômes, notamment au Baccalauréat, considéré depuis des décennies comme un rite de passage vers l'âge adulte. Néanmoins, il reste essentiellement le passage obligé pour entrer dans l'enseignement supérieur. L'expérience des écoles démocratiques et des "homeschoolers" (enfants instruits en famille) nous apprend qu'il faut entre 6 mois et 3 ans pour préparer un examen lorsque l'on est motivé, quel que soit le nombre d'années d'instruction au préalable.

Il revient donc aux parents de se poser la question : êtes-vous prêts à faire confiance à votre enfant pour prendre ses responsabilités sur sa propre vie, ou préférez-vous qu'il suive la voie "traditionnelle" pour faire "comme les autres" ? A Upaya, nous faisons confiance au jeune pour impulser et persévérer dans la formation dont il a besoin pour être qui il souhaite être. Si un enfant choisit de préparer le Baccalauréat, c’est qu’il a en lui-même la motivation pour le faire et donc l’énergie pour s'y consacrer pleinement. Il pourra choisir librement de le préparer à l'école avec l'aide de l'équipe, ou dans un lycée général et technologique ou professionnel.

Par ailleurs, les statistiques tirées des 2 millions de "homeschoolers" aux Etats-Unis prouvent que l'autonomie apporte de meilleurs résultats scolaires (86% de réussite) et de plus grandes chances de succès dans les études, en plus de mieux développer les compétences nécessaires à la vie adulte (voir les détails sur www.home-school.com). En effet, un jeune responsable de sa propre instruction travaille à son propre rythme, donc plus efficacement, et il apprend mieux à se prendre en main et à apprendre, donc à être plus responsable et efficace dans la poursuite de ses objectifs.

Est-ce qu’il y a des enfants qui ne « font » rien ? Qui ne connaissent pas leurs centres d'intérêt ?

C'est possible quand ils découvrent l'école. Il y a des enfants qui peuvent mettre 1 semaine, 2 mois, 6 mois, 1 an  à « faire » quelque chose, à découvrir ce qui les motive : nous ne pouvons pas prévoir la durée de cette période d'exploration. On ne peut pas attendre de l'enfant qu'il sache tout de suite ce qu'il veut faire. L'école lui laissera le temps dont il aura besoin pour s'adapter à la vie du groupe, explorer, observer, essayer différents domaines. C’est pour cela que mettre son enfant dans ce type d’école est un projet à long terme, qui nécessite une certaine forme de lâcher-prise vis-à-vis des attentes scolaires.

Nous pouvons aussi nous poser la question suivante : qu'entendons par "faire quelque chose" ? D’un point de vue physique, émotionnel, mental et/ou relationnel, « ne rien faire » n’est pas possible. Un enfant qui passe du temps assis sur le canapé à regarder ce que les autres expérimentent sans intervenir, entend et voit ce qu'ils font et peut en tirer des enseignements, il est plus disponible pour ressentir ce qui se passe dans son corps ou tout simplement pour imaginer l'invention qui changera la face du monde !

D'autre part, grâce aux ateliers, activités et projets mis en place à l'école, les enfants seront sollicités pour contribuer, sous la forme qu'ils décideront, à la vie de l'école, ce qui contribuera à les engager dans les apprentissages.

Comment un étudiant gère-t-il la pression sociale venant de la famille ou des amis extérieurs à l'école ?

Si une personne ne sachant pas lire est dérangée par le fait d'être en décalage, elle apprendra à lire. Si un étudiant pense ne rien apprendre, bien souvent il s'agit d'un manque de connaissance de la nomenclature de ce qu'il apprend. Dans cette école on apprend sans hiérarchiser les apprentissages et en mélangeant tous les domaines. Par exemple ils ne savent pas nécessairement qu’ils ont fait de la géographie quand ils ont appris le nom des villes de France ou les capitales étrangères. Le cerveau est fait pour apprendre et résoudre des problèmes mais il lui est beaucoup moins naturel d’expliquer comment le problème a été résolu.

Régulièrement dans l’école il faut organiser des débats avec les enfants pour qu’ils puissent parler de ce qu’ils ressentent concernant leur environnement social extérieur. Des réunions avec les parents seront aussi organisées pour qu’ils puissent évoquer leurs peurs (concernant l'avenir le plus souvent) et garder confiance dans les capacités de leurs enfants. C'est la confiance et la connaissance que nous portons vis à vis de cette démarche qui seront les remèdes les plus efficaces pour les rassurer. Dans cette démarche, la Communication Non Violente sera un outil très précieux pour l'expression et la prise en compte des besoins de chacun.

Comment être sûr que les adultes accompagnants sont bénéfiques, responsables, bien avec les enfants ?

Nous ferons appel à des encadrants (bénévoles et salariés) selon certains critères de compétences qui nous semblent indispensables : communication non-violente, bienveillance, connaissance de la philosophie de l'école, capacité à se remettre en question, à demander de l'aide ; et aussi selon notre propre sensibilité. 

En vivant l'école, on peut s’apercevoir de certaines incohérences. Une remise en question des encadrants est indispensable. L’école et ses membres seront en perpétuelle réflexion afin de maintenir une harmonie. De plus les enfants pourront décider de faire une réunion ou un cercle restauratif afin de trouver une solution à un comportement qui pose problème.

N'y a-t-il que des enfants en échec scolaire dans les écoles démocratiques ?

Non, c’est un mélange de tous les profils. Cela dépend aussi de ce que l’on appelle "échec". Cela ne veut pas dire que les enfants n’y arrivent pas, mais plus souvent que leur profil n'est pas conforme à la norme fixée par l'Education nationale.

Il y a globalement trois profils : les enfants qui réussissent dans l’éducation nationale mais auquel les parents souhaitent offrir une scolarité différente, ceux qui sont en échec scolaire et dont les parents essaient des alternatives, et les enfants qui font eux-mêmes la démarche de recherche d’une école alternative qui correspond mieux à leurs besoins.

Comment apprennent-ils à faire face à une vie pleine de difficultés et de contraintes après avoir vécu libres aussi longtemps ?

 

Si vous pensez qu'un enfant libre ne rencontre aucune difficulté, c'est que vous n'avez pas encore rencontré un enfant libre. Rappelez-vous de votre passage à la vie d'adulte, de votre sortie du cadre scolaire : un jeune en première année de fac est-il outillé pour faire face à un élargissement soudain de ses libertés ? La recherche de la vie qu'on veut mener et de son orientation professionnelle est-elle facile et sans embûches ? La soudaine responsabilité de soi a quelque chose de vertigineux, et l'expérience des écoles démocratiques démontre les bénéfices de mettre les jeunes en situation de prendre leur vie en main dès le plus jeune âge. À Upaya, au cours de leurs projets, les jeunes seront confrontés à des défis concrets, des situations qui nécessiteront une grande persévérance, des échecs et des conflits, et des décisions parfois lourdes de conséquences pour eux-mêmes et leur groupe, et ce afin de les préparer à affronter seuls plus tard ces situations et enjeux.

Pour aller plus loin

Des témoignages d'enfants et de parents d'écoles démocratiques (cliquez sur les liens) :

J'ai choisi une école où je suis enfin libre (enfants)

J'ai choisi de vivre un challenge (parents)

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